Voir naturellement

Compte Rendu de la "1st British Natural Eyesight Conference" du 24 au 26 Octobre 2008 à Felden Lodge, Londres G.B.

Voir Naturellement était le thème de la conférence qui s'est déroulée à Londres les 24, 25 et 26 octobre 2008. Y ont participé une soixantaine de personnes ; la majorité était du Royaume Uni, mais certains venaient du reste de l'Europe et même du Canada.

La conférence était dédiée à la mémoire de Miss Evelynne Sage (1900-1996) qui a formé la majorité des professeurs de Londres et bien d'autres enseignants en Europe. Elle a été la fondatrice de l'Association pour l'Education de la Vision (BAVE) et c'est en partie grâce à son legs que l'association a pu continuer à se développer et en particulier organiser cette conférence.

La conférence a été ouverte par Peter Mansfield, auteur du livre The Bates Method ( MacDonald Optima 1992 ). Peter s'interroge sur les perspectives de l'éducation de la vision dans notre monde accéléré. Il a la foi mais n'est pas optimiste et hélas, pour une oreille étrangère, suivre le débit et l'articulation de Peter est d'une grande difficulté.

Le deuxième jour a débuté par une présentation de Richard Hobday sur le soleil qui guérit (titre de son livre The healing sun , Finhorn press, 1999). Il passe en revue les bienfaits de la lumière du soleil sur la santé du corps et de l'esprit et nous donne un panorama éblouissant des rapports de l'homme avec le soleil à travers les âges. En plus d'être révélatrice pour la plupart d'entre nous, cette intervention est d'autant plus appropriée au sein d'une conférence sur la vue qu'une pratique essentielle de la Méthode Bates, l'ensoleillement, est largement contestée par les praticiens « orthodoxes » de la vue.

Comme l'ombre succède à la lumière, vient ensuite Elizabeth Abraham (professeur et formatrice de Bates, fondatrice du Vision Education Centre à Toronto). Elizabeth donne une présentation théorique et pratique d'un exercice clef de la Méthode Bates, “le palming”. Il n'existe pas un mot unique en français pour palming ; la traduction la plus exacte me paraît être celle d'Aldous Huxley ( L'art de voir , Payot, 1 ère édition française en 1970, très souvent réédité depuis ) : l'application des paumes sur les yeux.

Pendant que l'assistance les met en pratique, Elizabeth donne des explications et des conseils très clairs sur

comment faire cette application des paumes

quand, dans quelles positions possibles

quels sont les bénéfices à en attendre

quelles peuvent être les difficultées rencontrées

pourquoi et comment y inclure la relaxation du mental.

Après cette intervention, aucune obscurité ( ! ) s'il y en avait encore chez certains ne peut subsister sur la pratique de l'application des paumes.

Dans la Méthode Bates, les trois principes fondamentaux (mouvement, relaxation et fixation centrale) sont si inextricablement liés que dans sa présentation “le mouvement”, Nina Hutchings les évoque tous (Nina est professeur de Bates, formée à Londres, établie à Aix en Provence et enseignant dans toute l'Europe). Dans un atelier de six heures, le lendemain de la fin de la conférence, Nina explorera tous les aspects du mouvement, éclairant par des exercices pratiques cette citation de Bates qui peut au premier abord paraître énigmatique: « Le monde bouge. Laissez le faire. Tous les objets bougent si vous les laissez bouger. Ne vous mêlez pas de ce mouvement, n'essayez pas de l'empêcher. Vous n'y réussiriez pas sans un effort qui affecterait votre vue et votre mental » ( Better Eyesight , juillet 1920, vol.III n°1 )

A Nina succède Anthony Attenborough, dessinateur, professeur de Bates et kinésiologiste, créateur d'un programme associant la Méthode Bates et la kinésiologie. Sa présentation s'intitule “le mental et la vision” et commence par une citation de Bates : « Nous pouvons consciemment concevoir des pensées qui vont déranger notre circulation et diminuer notre fonction visuelle ; nous pouvons aussi concevoir des pensées qui vont restaurer notre circulation à la normale et par là-même contribuer à nous débarrasser de nos erreurs de réfraction ».

Le mot clef est “consciemment” et s'applique tout spécialement à la pratique des exercices : pratiquer consciemment en étant ici et maintenant, en étant pleinement présent, mental et corps, esprit et yeux… Anthony exprime une idée très forte et peut-être mystérieuse qu'il explorera plus avant dans un post-atelier : « derrière le mental, il y a le silence », ainsi que « le silence, c'est ce que Bates appelle le noir et auquel il revient si souvent ».

Le matin du troisième et dernier jour s'ouvre sur une présentation de Kevin Wooding (musicien-compositeur, professeur de la Technique Alexander et de la Méthode Bates, passionné de recherches sur les sons et les arts visuels) établissant un parallèle entre F.M. Alexander et W.H. Bates. Ayant découvert la Méthode Bates via la Technique Alexander à la suite d'un problème de… genou, Kevin explique, discute et approfondit la nature holistique et les procédures indirectes communes aux deux méthodes.

Après un intermède sur les liens entre la nutrition et la santé des yeux (Alice Bradshaw, thérapeute nutritionniste), la note finale est donnée par Eileen Whiteford, psychothérapeute et professeur de Bates, enseignante en Ecosse et cofondatrice du Collège d'Education Visuel à Londres. Cette note finale est optimiste : comment promouvoir l'éducation naturelle de la vision dans le monde actuel. « Je me demande souvent, dit-elle, si le Dr Bates revenait à notre époque, comment présenterait-il et diffuserait-il ses découvertes ? […] Je pense que cet homme remarquable n'aurait pas été découragé par les obstacles ; je crois que nous pouvons relever le défi et faire avancer notre travail avec la foi et la détermination de son fondateur ».

C'est ce que je nous souhaite à toutes et à tous. Mars 2009

Brigitte Cavadias, professeur de la Méthode Bates, formée par Miss Sage et professeur de la Technique Alexander.