Importance de l’imagination dans la vision

Importance de l’imagination dans la vision, par william bates, ophtalmo -  article association l'art de voir méthode bates en france

 

Better Eyesight Magazine – Mai 1921

Importance de l’imagination dans la vision

Par le Dr. W.H. Bates

 

Il est bien connu que la vue est un processus d'interprétation mentale. L'image que reçoit le cerveau n'est pas celle qui s’imprime sur la rétine, mais une interprétation mentale de celle-ci. Pour le mental, les objets vus semblent être à l’endroit, mais en fait l'image sur la rétine est à l'envers. Lorsque la vue est normale, les marges et les ouvertures des lettres noires sur un document de couleur blanche apparaissent plus blanches que le reste de la feuille, mais ce n'est bien sûr pas la réalité car tout l’arrière-plan est de la même blancheur.

 

On peut avoir l’impression de voir une lettre entière de la même façon tout à la fois, mais, en fait, l'œil passe rapidement d'une partie à l'autre. La lettre peut également sembler bouger bien qu'elle soit immobile.

 

Lorsque la vision est imparfaite, l'imagination est également imparfaite. En résumé, le mental ajoute des imperfections à l'image rétinienne imparfaite. Une grande partie des manifestations de la vue imparfaite est donc imaginaire et ne peut en aucun cas être expliquée par une défaillance de l'appareil visuel. La couleur, la taille, la forme, la position et le nombre d'objets regardés sont modifiés et on peut voir des objets inexistants.

 

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Certaines personnes à la vue imparfaite voient littéralement des fantômes. Une personne placée dans une cave obscure peut éprouver un tel stress qu'elle pense voir des silhouettes recouvertes de draps ; et un de mes patients voyait en plein jour des petits démons danser en haut des immeubles.

 

C'est un grand soulagement pour les patients d'apprendre que ces apparences sont imaginaires, ce qui les aide à maîtriser leur imagination. Et, comme il est impossible d'imaginer parfaitement sans relaxation parfaite, toute amélioration de l'interprétation des images rétiniennes signifie une amélioration des conditions qui ont conduit à une distorsion de ces images ; en effet, la relaxation, comme le savent tous les lecteurs réguliers de ce magazine, est le remède à la plupart des problèmes visuels.

 

Il n'y a donc pas de méthode plus efficace pour améliorer la vue que l'imagination, et de merveilleux résultats ont été obtenus par ce moyen. Parfois, l'imagination semble presque prendre la place de la vue, comme dans le cas d'un patient qui a recouvré une bonne vision centrale malgré le fait que la macula (centre de la vue) avait été détruite, ou dans ces cas où des patients deviennent capables d'imaginer correctement des lettres qui ne sont vues que comme des points gris non identifiables.

 

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Il est difficile d'expliquer comment des patients sans macula parviennent à mieux voir là où ils regardent, mais l'imagination de lettres qui ne sont pas vues consciemment est probablement rendue possible par un certain degré de vision inconsciente. Si on regarde une lettre sur l’échelle de lettres de Snellen qui peut être vue distinctement et qu’on essaie d’imaginer rectiligne le haut d’une lettre courbe, ou incurvée alors qu’elle est toute droite, il sera impossible de le faire et la vision sera plus ou moins diminuée par l'effort.

 

Il est arrivé que la simple suggestion faite à un patient d'imaginer droit le haut de la grande lettre « C » ait oblitéré toute l’échelle de lettres. Quand on regarde une lettre vue indistinctement sans savoir ce que c’est et qu’on essaie de l'imaginer autrement qu'elle n’est, on est généralement capable de le faire, mais non sans effort, comme en témoigne le fait que la lettre devient plus floue, ou que l‘on est incapable de lui imaginer un très lent balancement de moins d’un demi-centimètre. Si l’on y parvenait, on pourrait découvrir ce qu'est la lettre sans la voir.

 

Le lecteur commence par imaginer chacun des quatre côtés de la lettre (C) comme étant droits, courbés ou ouverts, et observe l'effet de chaque supposition sur le balancement de la lettre. Par exemple, si le côté droit est droit, et qu'il se l'imagine ainsi, le balancement restera inchangé ; mais s’il imagine le côté courbe, le balancement s’allongera ou disparaitra ou deviendra moins régulier et souple.

 

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S’il est incapable de faire la différence parce que le balancement est trop long, on lui demande de faire un palming et de se souvenir d'une lettre en léger mouvement. Après avoir correctement imaginé chacun des quatre côtés de la lettre, le lecteur parvient à imaginer la lettre entière, d'abord les yeux fermés et couverts, puis les yeux ouverts.

 

Quand on connaît les quatre côtés d'une lettre, son identification, dans certains cas, résulte tout simplement du raisonnement. Une lettre qui est droite en haut et sur le côté gauche, et ouverte des deux autres côtés, ne peut être autre chose qu'un « F ». Si, au contraire, elle est droite en bas et sur le côté gauche, et ouverte sur le les deux autres, ce doit être un « L ». De telles lettres peuvent être imaginées avec un degré de relaxation plus faible que les lettres plus compliquées, comme un « V », un « Y » ou un « K ». Si la lettre n'est pas correctement imaginée, son balancement apparaîtra modifié. Il faudra alors répéter le processus depuis le début.

 

Après avoir correctement imaginé la lettre, le lecteur est invité à l'imaginer d'abord avec les yeux fermés et couverts, puis avec les yeux ouverts et en regardant l’échelle des lettres, jusqu'à ce qu'il soit capable de l'imaginer aussi bien en regardant l’échelle qu'en faisant un palming. De cette façon, il lui devient enfin possible de l'imaginer si clairement en regardant l’échelle des lettres qu'il la voit réellement.

 

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Chez la plupart des gens, cette méthode d'amélioration de la vue produit des résultats plus rapidement que toute autre. D'autres personnes, en revanche n'y parviennent pas. Une amélioration temporaire peut s’obtenir dans un laps de temps incroyablement court, et se maintenir par une pratique continue.

 

Une personne décrite dans un article ultérieur regardant l’échelle de lettres de Snellen à 3 mètres, ne voyait aucune des lettres, pas même sous forme de tâches grises. Par la méthode décrite ci-dessus, elle devint capable en une demi-heure de lire toute l’échelle. De même, une écolière de dix ans ne pouvait à 3 mètres, rien voir sur l’échelle de lettres en-dessous de la grande lettre tout en haut.

 

On lui a expliqué comment distinguer les lettres à l'aide de son imagination, puis on l'a laissée seule pendant une demi-heure. À la fin de ce temps, elle avait lu l'intégralité d'une échelle de lettres qui lui était inconnue. Une enfant à peu près du même âge dont la macula gauche avait été détruite par l'atrophie de la choroïde (couche médiane de l'œil) ne pouvait voir de l'œil atteint que la toute grosse lettre (200) sur l’échelle de lettres, et cela, seulement quand elle regardait d’un côté de l’échelle.

 

A l’aide de son imagination, et après quelques mois de pratique très irrégulière, elle a obtenu une vision normale des deux yeux. Elle a continué à pratiquer.

 

Une écolière de seize ans avec un degré d’astigmatisme et de myopie tellement élevé qu'elle ne pouvait voir que la grande lettre à trois mètres est devenue capable en quatre ou cinq visites, à l'aide de son imagination, de lire 20/20 temporairement, et à sa dernière visite, elle a lu 20/15 temporairement. Un étudiant de vingt-cinq ans, atteint à la fois d’hypermétropie et d’astigmatisme (quatre dioptries dans chaque œil), ne pouvait lire que 20/100 de son œil droit et 14/200 du gauche, et avait été contraint d'arrêter ses études en raison de la douleur et fatigue résultant de l'utilisation de ses yeux de près. En quatre visites, et à l’aide de son imagination sa vision s’était améliorée à 20/30 et il pouvait lire les toutes petites lettres à 20 centimètres sans lunettes ni inconfort.

 

Ces cas et bien d'autres du même genre ont démontré que l'imagination est nécessaire à la vue normale.

Traduit par Fabienne Weynant

 

 

 

Article traduit par Fabienne Weynant , membre de l’Art de Voir,

revu par Eva Lothar

 

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